SLY & ROBBIE

Une simple référence à la bass dans le reggae et c’est son nom qui vient immédiatement à l’esprit. Robbie Shakespeare était l’incarnation de cet instrument dans le reggae et au-delà. Avec son acolyte Sly Dunbar, il a constitué une des plus belles sections rythmiques de l’histoire de la musique.

Robbie Shakespeare a joué sur tant d’albums, il est ardu de les citer tous. Mais Peter Tosh, Culture, Bunny Wailer, Burning Spear, Dennis Brown, Jimmy Cliff, Mighty Diamonds, Black Uhuru, Yellowman, Mick Jagger, Joe Cocker, Grace Jones, Bob Dylan, Serge Gainsbourg, les Rolling Stones ont tous fait appel à lui. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Il débute avec Sly Dunbar dans le groupe « the Revolutionaries » des « Channel One Studio ». En 1974, le duo Sly Dunbar et Robbie Shakespeare décide de tenter sa chance. Les deux compères mettent en place leur société de production et leur label sous le nom « Taxi Records ». Leur première production sera le titre « Murder She Wrote » pour Chaka Demus & Pliers, un hit majeur qui remplit les caisses du label. Robbie ne cesse de chercher de nouveaux sons pour sa bass. Il utilise l’électronique et des effets de studios, toujours plus créatif. Dunbar et lui plus connus sous le pseudo « Sly & Robbie » iront même jusqu’à enregistrer un album de « reggae-electro » avec l’anglais Howie B. Aucune barrière. Ils enregistrent également de nombreuses musiques de films ou de séries TV. Citons « Buffy et les vampires » ou « Poetic Justice ».

Pour tout musicien qui pense base rythmique « bass-batterie », « Sly & Robbie » incarnent le modèle ultime, la perfection. Ce sera le cas pour plusieurs générations. Leur travail sera la raison du succès d’un nombre incalculable de chansons mais aussi de remixes. La plupart des noms illustres du reggae ont travaillé avec eux. Idem pour ragga, dancehall, rock, pop et électronique. Sous leur nom, ils enregistrent également des albums. Le premier, « Rhythm Killers », voit le jour en 1987, plus de dix ans après leurs débuts. Une œuvre expérimentale enregistrée avec un autre fou de recherche musicale : Bill Laswell. Jamais le duo ne cessera de produire. En 2020, ils étaient encore en studio avec le chanteur britannique de reggae Bitty McLean ou pour de l’expérimentation électronique avec Vladislav Delay.

Lowell Charles Dunbar avait pris son surnom de « Sly » en référence à Sly Stone, artiste qu’il adorait. Il avait débuté dans les années 1960 en jouant en studio pour divers groupes. Pendant un moment, il sera membre du groupe « RHT Invincibles ». Ils enregistrent quelques singles, sans grande réussite. C’est avec les « Upsetters » puis avec le producteur Lee Perry qu’il se fait un nom. Plus tard, il rejoint « Skin Flesh & Bones », groupe mené par son ami Al Brown. Pendant ce temps-là, Shakespeare se fait une solide réputation en studio. Au début des années 1970, il est dans le groupe « The Aggrovators » de Bunny Lee.

Inévitablement, ces deux musiciens, originaires de Kingston et qui n’ont qu’une année de différence, finissent par se rencontrer. C’est le producteur Jojo Hookim qui a l’idée de les réunir en studio dans son groupe « The Revolutionaries ». 1975 est une année clef pour leur prestige international. Ils travaillent sur « Follow My Mind » pour Jimmy Cliff et sur « Aux Armes et Caetera » pour Serge Gainsbourg. Ils seront également ses musiciens pour sa tournée française.

En 1976, ils sont plus prolifiques. Ils produisent « Two Sevens Clash » pour le groupe reggae « Culture », un des plus grands disques de l’histoire du reggae. Ils sont sur scène avec U-Roy pour sa tournée britannique. Ils enregistrent « Natty Rebel » avec Peter Tosh, album qui inaugure une collaboration de quatre ans. Dans le même temps, ils maintiennent leurs enregistrements avec Hookim et avec Aggravators.

1977 est l’année du « Super Star » pour Leroy Smart. Désormais, on ne présente plus les deux amis. Leur réputation est internationale. L’année suivante, ils sont au « One Love Peace Festival » avec Peter Tosh. Le concert sera commercialisé en 2000. Horace Andy, Junior Byles, Mighty Diamonds et Black Uhuru font appel à eux à cette période. Ils travaillent sans cesse et semblent être partout. Qui veut l’excellence en duo bass-batterie fait appel à eux.

Vient le temps de se concentrer davantage sur leur label. Le groupe maison sera constitué par des membres de « The Revolutionaries ». Les « Taxi All Stars » (parfois crédité sous le nom « The Roots Radics ») sont composés de Rad Bryant (guitare), Sticky Thompson (percussions), Ansel Collins et Winston Wright (claviers). « Observe Life » des Black Uhuru sera leur première production, le « Soon Forward » de Gregory Isaac leur premier classement dans les hits. À partir de là, rien ne les arrêtera. Il faudra la compilation « Present Taxi » du label « Island » pour bien se rendre compte du travail accompli. Bunny Wailer, the Mighty Diamonds, Jacob Miller, Barrington Levy, Black Uhuru passent par « Taxi Records ». En 1982, l’album « Chill Out » de ces derniers leur ouvre les portes du monde du rock. Ils assurent la première partie des Rolling Stones avec Black Uhuru. Consécration.

Les années 1980 sont l’aboutissement des efforts fournis sur la décennie précédente. Elles sont celles de la réussite financière car leurs comptes en banque ne vont plus du tout être au même niveau. Ils signent un contrat de distribution pour leur label avec Island. Chris Blackwell les met entre les mains de la chanteuse Grace Jones. Il en résulte une musique funk, dub au son neuf qui propulse les deux parties dans d’autres sphères. Grace Jones met le feu aux clubs du monde entier grâce à sa section rythmique. En 1982, leur « Crucial Reggae : Driven by Sly & Robbie » est la preuve de leur grand intérêt pour le dub. Intérêt confirmé en 1985 par « A Dub Expérience ».

Sur la même décennie, les Skatalites nouvelle formule frappent à leur porte. Il en résulte le « With Sly & Robbie & the taxi gang ». C’est la période de nombreuses compilations mettant en lumière leur travail. On y découvre que le duo est à la base du style ragga et de la révolution digitale en Jamaïque. Ini Kamoze et Bobby Digital leur doivent beaucoup tout comme Barrington Levy, Sugar Minott, Frankie Paul, Toots, Marcia Griffith ou George Phang, entre autres.

Sur la scène pop, Joe Cocker, Ian Dury, Bob Dylan, Robert Palmer ou Herbie Hancock tireront profit de leur créativité. Aucune barrière comme le démontre une fois encore l’album « Language Barrier ». Manu Dibango, Afrika Bambaataa et Dylan sont avec eux. Pour « Rhythm Killers », Shinehead, Henry Threadgill et Rammelzee répondent présents. Sur « Silent Assassin » (1989), KRS 1 et Queen Latifah font une apparition. Sly & Robbie peuvent tout jouer.

1992 est l’année d’un nouveau départ. Dunbar forme une nouvelle équipe de production avec Pete Turner et Maureen Sheridan. Une seconde avec Bedrose & Malvo. Avec la première, il produit Junior Reid et Sabre. Avec la seconde, il s’occupe de Spragga Benz, Mad Cobra et Snagga Puss. Ces nouvelles activités ne sont absolument pas le résultat de mauvaises relations avec Shakespeare. Leur amitié est toujours solide et productive. Shabba Ranks, Chaka Demus & Pliers, Beenie Man et Luciano profitent encore de leurs talents.

1996 : nouvelle collaboration avec Laswell sur « Axiom Dub : Mysteries Of Creation ». Les années 1990 sont donc celles du dancehall et du reggae. Désormais, il en sera ainsi. Reggae, dancehall avec parfois quelques incursions dans le jazz (Monty Alexander) et dans l’électronique (Nils Peter Molvaer, Aarset).

Robbie Shakespeare est décédé en décembre 2021.

Discographie Sélective

60’s, 70’s + 80’s = Taxi (1981, Island / Mango)** Acheter

Language Barrier (1985, Palm)*

Rhythm Killers (1987, Island)** Acheter

Silent Assassin (1989, Island)**

Mambo Taxi (1997, Polygram)** Applemusic

Monty Meets Sly & Robbie (2000, Telarc)*** Acheter

 

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