Même lorsqu’on pense tout avoir entendu de Miles Davis, il est encore possible d’être surpris et heureusement. L’immense trompettiste a plusieurs fois changé la direction artistique du jazz. Ce fut le cas en décembre 1965.
Le Plugged Nickel
Décembre 1965 à Chicago, au Plugged Nickel, petite salle ne pouvant contenir que 200 personnes, Miles Davis, Wayne Shorter, Ron Carter, Tony Williams et Herbie Hancock participent à la légende du lieu. Entre 1962 et le début des années 1970, la salle accueillera les plus grands groupes de l’époque devenant ainsi un lieu culte.
Un quintet historique
Les 22 et 23 décembre, à quelques jours de Noël, le groupe va entrer dans l’histoire. Les musiciens de Miles décident, sans le prévenir, d’être anticonformiste. C’est le batteur Tony Williams qui lancent l’idée de ne pas jouer ce que le public attend de leur groupe. Jouer pour surprendre, c’est avec cet état d’esprit que le groupe entre sur scène et Miles n’est pas au courant. Déconstruire sa musique, installer des silences là où il ne devrait pas y en avoir et être créatif. Les musiciens se connaissent assez pour réussir l’objectif. Seul Wayne Shorter sait que la maison de disques va enregistrer les différents concerts. Le premier soir est incroyable, extraordinaire. Le quintet se réinvente sur scène et joue comme jamais avant. Une liberté totale. Les nouvelles idées fusent constamment. Changement inattendu ici, progression rythmique là, harmonies et structures imprévues, changement sans perdre le sens du swing, sans entrer dans le free jazz. Leur musique reste accessible. Avec ce non-conformisme, les musiciens jouent sans limites et longtemps. Le premier soir, la version de Walkin’ de 15 minutes et celle de 10 minutes de The Theme entrent dans l’histoire. L’improvisation dans le jazz et les innovations dans le son du jazz viennent d’être redéfinis par Miles Davis et son quintet. De l’invention et de la créativité sur le moment comme jamais, enregistré par le maitre Teo Macero.
Un moment de magie en des temps troublés. 1965 est l’année de l’assassinat de Malcolm X, des émeutes raciales de Watts à Los Angeles et de l’intensification de la guerre au Vietnam, entre autres.
Par la suite, chaque musicien présent ce soir-là gardera le même état d’esprit, à commencer par Miles lui-même.
L’objet
Ces enregistrements avaient déjà été commercialisés en 1995. Trente ans plus tard, la nouvelle édition 10 LP propose l’intégralité des performances, soit plus de sept heures de musique, dans un coffret nouvellement conçu comprenant dix pochettes individuelles et un livret de 40 pages. Une édition 8 CD est également disponible. Les deux formats comprennent de nouvelles liner notes rédigées par Syd Schwartz, qui dévoile l’esprit radical des performances, ainsi que des textes classiques de l’historien du jazz Bob Blumenthal. Là est l’apport essentiel et indispensable de cette édition.
