The GET DOWN

The_Get_Down La boucle est bouclée. On revient à la source et avec une force surprenante. Quand je dis la source, c’est la source : 1977 ! A cette époque, le hip-hop nait dans le Bronx et ses frontières se limitent à ce quartier. “Get Down” se déroule cette année là.

Il sortira du Bronx pour gagner Manhattan trois ans plus tard. En France, dans le meilleur des cas, les précurseurs le découvriront en 1979. Il se généralisera entre 1982 et 1984.

Pourquoi ce retour au hip-hop des débuts. Et bien tout simplement parce que c’était une période merveilleuse dont les bases étaient spontaneité, esprit libre, création totalement libre et ceci quelquesoit le domaine (musique, danse, graffiti). Et surtout, c’était totalement nouveau, plein d’espoir et de perspectives pour ceux qui étaient là. Ce hip-hop n’avait aucune barrière, aucune contrainte. Il y avait une saine concurrence. La musique rap était festive, directe. Impossible de tricher, tout se jouait entre un vinyl, un micro et un homme. Il suffit d’écouter Kurtis Blow et son “christmas rappin'” pour comprendre.

“Get Down” se situe en 1977. A cette époque, le rap est très disco-funk. Très peu d’artiste, pas encore de sortie vinyl. L’important, c’est la voix, le flow et le texte tantôt social tantôt ego-trip, tantôt festif. Le réalisateur montre bien comment la poésie écrite est petit à petit devenu orale pour devenir le rap. Il montre également bien les débuts des “block party”, fêtes improvisées qui deviendront très à la mode par la suite.

Côté graffiti, il apparaît dans le métro et sur des murs gris, sales. But : Redonner de la couleur tout en essayant de devenir quelqu’un. Et dieu sait que la municipalité de New-York a depensé de l’argent pour effacer les graffitis et pour lutter contre ces artistes. Baz Luhrmann le montre un instant. 2016 : Ils sont mis en valeur dans le cinéma et admiré dans la réalité ou ils sont souvent entrés dans les milieux institutionnels. Quelle ironie ! Pour le reste, on vous a déjà tout dit ici il y a longtemps. Le réalisateur leur rend aussi un bel hommage.

“The Get Down” a la qualité de montrer les débuts de cette culture sans l’embellir, de montrer le contexte social et économique de l’époque ainsi que ses excès : Drogue, violence, misére, sex. Il montre aussi les ravages du disco et de la décennie 1970 en club ainsi que cette mafia italienne bien présente dans la production du disco. Certains personnages du film sont hauts en couleurs, comme les originaux.

Stylewars_cover Plus de trente ans après “Beat Street” et “Style Wars”, Luhrmann et Nas entrent dans le vif du sujet. Les reconstitutions sont très soignées tant au niveau des look que des décors. Gros travail à ce niveau, impressionnant. Tout y est du beret “Kangol” aux bombes “Krylon”. On y découvre le premier DJ, le précurseur de toutes les techniques modernes aux platines : Grandmaster Flash himself. La scène où il apprend à mixer à ses potes sur le “Think” de Lyn Collins est absolument phénoménale. Là encore la ressemblance entre l’acteur et l’original est incroyable. Et comment les “Funky Four + 1” se sont formés nous est révélé…

Les acteurs sont excellents (dans la limite de leur jeunesse et de leur début de parcours bien sûr). Le réalisateur et le producteur executif, le rapper NAS, semblent avoir été très exigents dans le domaine et tant mieux. Il s’agit de jeunes acteurs dont c’est souvent le premier rôle de cette importance

scottheron “The Get Down” est troublant de vérité parce qu’il mélange images d’archives et tournage de façon brillante et troublante. Il nous montre aussi à quel point Gil Scott Heron a été une influence majeure pour les rappers de la première heure. Ce film leur rend un magnifique et poignant hommage, particulièrement à Flash, Grandmaster Caz, Kool DJ Herc et aux Funky Four plus 1. Et sous l’oeil de Grandmaster Flash qui a contrôlé en personne la vérité de certaines scènes.

Cette série permet également de prendre conscience du chemin parcouru et de la distance entre les précurseurs de la culture hip-hop et les acteurs d’aujourd’hui. Fossé énorme entre les intentions des débuts et l’utilisation actuelle. La culture hip-hop a dominé la période 1982-2002 dans de nombreux domaines, surtout dans la musique. Elle a fait rêver et a été un beau vecteur de réussite, aux Etats-Unis comme en France.

Mais il est temps de revenir à la source pour bien comprendre ce qui s’est passé à l’heure où le hip-hop n’est plus qu’un champ de ruines dont il reste bien peu de chose. Le meilleur de cette culture a été assimilé, dilué depuis bien longtemps, dans la publicité et la culture. Un beau document également pour la nouvelle génération qui ne connait rien de cette période. Elle apprendra comment danse, graffiti, DJ et rappers ne faisaient qu’un à la source.

Vous l’aurez compris, “The Get Down” est une vraie réussite qui s’adresse aux nostalgiques des débuts du hip-hop ou aux jeunes curieux qui n’ont pas connu cette bouillonnante période. C’est un hymne à la confiance en soi, le vrai sujet en fait. Car oui, une poignée d’individus venant du quartier le plus minable des Etats-Unis, qui ont cru en eux, sans jamais abandonner et sans faire de compromis au système en place, a crée une culture puissante au succès mondiale. A voir rapidement.

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Metro par “Dondi”, New-York,  (photo, Henry Chalfant)

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Harlem, 1986. (photo : Bok)

En haut de page, “Hand Of Doom” par Seen, 1980. (photo : Henry Chalfant).

“Get Down”, série T.V. réalisée par Baz Luhrmann. Producteur executif : NAS. Acteurs : Justice Smith, Shameik Moore, Herizen Gardiola, Giancarlo Esposito. (2016)

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