Les années 1970 furent riches de création. À New-York city, les premiers bourgeons de la culture hip-hop s’ouvrent doucement. Sur les murs des terrains de basket-ball, de hand-ball, sur les métros et les trains de banlieues, des peintures aux couleurs criardes jurent avec la grisaille d’une ville en faillite.
Contexte
Parmi les précurseurs, Lee Quinones. Au tout début de la décennie 70, avec une poignée d’artistes, il a l’idée de faire de New-York une galerie à ciel ouvert accessible gratuitement à des millions de personnes. Cet immigré portoricain n’a sûrement aucune conscience des conséquences de son travail sur le monde. Il se sert de ses fresques pour distiller des messages sociaux et politiques. Avec lui, Seen, Zephyr, Futura 2000, Basquiat et quelques autres.
Contenu
Ce livre apporte beaucoup d’informations sur les origines de Lee, son état d’esprit. Il apport également une belle photographie sur l’état de la ville de New-York cinquante ans en arrière. Le parcours de Lee est prestigieux. Des errances dans la rue, il passera aux tournages de clips video, pour Blondie notamment. Cela grâce en partie à son ami Fred Brathwaite plus connu sous le nom de Fab 5 Freddy. Puis le film Wild Style de Charles Ahearn lui fera une place importante. Il en ira de même pour le film Beat Street dans lequel sa fresque graffiti is art and if Art is a crime let god forgive all de 1978 est une référence visuelle importante. On apprend à quel point il était proche de Jean-Michel Basquiat et encore plus de Leonard McGuire alias Futura 2000.
Côté illustration, on y trouve des photos saisissantes par leur qualité et parce qu’elles sont de superbes documents historiques désormais. Citons celle de Futura et Lee en page 14 et 15, celle de son Stop The Bomb sur tout un wagon, daté de 1979, celle de Debbie Harry, Fab 5 Freddy et lui devant un de ses murs en 1980…On découvre également ses toiles, moins connues que ses murs. Enfin, on apprend que Lee expose encore de temps à autre dans différents lieux de la planète.
Pour finir, le lecteur en apprend un peu plus sur le contexte social et politique aux USA. Il explique en grande partie pourquoi le graffiti puis le rap sont devenus des moyens d’expressions pour des artistes engagés et activistes comme Lee. Des faits révélateurs d’une période obscure au sein même du gouvernement américain, dont le but était la chasse et l’emprisonnement de tout activiste politique issu des minorités ethniques.
Mon avis
Pour toute personne ayant vécu cette période ou pour ceux qui souhaitent se documenter dessus, ce livre est un document unique. En ce qui me concerne, ce fut un plaisir de me replonger dans cette époque, véritable explosion artistique qui allait dominer les 40 années suivantes avec 1985-1995 comme point culminant. Un plaisir de découvrir une partie de la vie d’un artiste qui fut une inspiration majeure. Mettre de la couleur dans un cadre gris et déprimant, travailler un style, l’odeur des bombes, la fraternité…nous avons découvert tout cela grâce aux précurseurs new-yorkais. Sans eux, nous n’aurions peut-être pas connu Bando, Mode 2, Jay et ceux qui ont été des relais européens de génie. Respect total vous dis-je.
Un détail : le livre est entièrement rédigé en anglais.
Lee Quinones 50 years of New-York Graffiti Art and beyond Acheter
Photos haut de page : Henri Chalfant.
