
Il est des noms qui ont marqué l’histoire de la musique pour très longtemps. Le sien fait partie de cette catégorie. 45 ans après ses débuts, il apparait comme celui par qui une culture a vu le jour. Il n’était pas le seul mais son nom est le plus prestigieux. Aujourd’hui, Grandmaster Flash raconte dans un livre la naissance de la culture Hip-Hop à New-York. C’est un évènement.
Qui est Grandmaster Flash ?
Joseph Saddler, son vrai nom, est né dans le Bronx, New-York, en janvier 1957. Il devient DJ à l’adolescence. On le voit dans des fêtes et dans les « block parties », ces fêtes organisées dans le plus grand secret. Il a 19 ans lorsqu’il se lance sérieusement dans des soirées disco, la musique qui domine tous les clubs à l’époque. Avec le temps, il développe des techniques uniques et personnelles comme le cutting, le back-spinning, le phasing…Les bases des techniques de DJ, toujours utilisées aujourd’hui par les DJ du monde entier.
Sa première collaboration avec un rapper date de 1977 avec Kurtis Blow. Ensuite, il travaille avec les Furious 5, groupe composé de Melle Mel (Melvin Glover), Cowboy (Keith Wiggins), Kid Creole (Nathaniel Glover), Mr Ness / Scorpio (Eddie Morris) et Rahiem (Guy Williams). Très vite, ils deviennent connus dans New-York grâce aux prouesses de Flash et grâce aussi à leur façon de rapper, à leur style d’écriture. Il leur faudra attendre la sortie du titre Rapper’s Delight des Sugarhill Gang pour enregistrer leurs disques. Flash & les Furious Five débutent sur le label « Enjoy » dirigé par Bobby Robinson. Là, ils proposent le titre The Message. Melle Mel me dira : « personne ne croyait en notre titre dans ce label. C’est Sylvia Robinson, directrice de « Sugarhill records » qui acceptera de le commercialiser. Le titre changera le cours du rap, le cours de la musique en fait ». Le nom de Grandmaster Flash reste à tout jamais attaché à The Message, un classique de l’histoire du rap.
Le livre
Très peu peuvent témoigner de la naissance de cette culture en vérité. Le temps a fait son travail et comme me l’avait dit Joeystarr en 2002 : « mec, des gars qui se souviennent de ça, y’en a plus des masses si tu voies ce que je veux dire ». C’est vrai. Les témoins des débuts ne sont plus nombreux, pour des raisons aussi diverses que dramatiques le plus souvent. Il est donc important de témoigner surtout en ces temps troubles ou la mémoire collective est mise à mal.
La culture hip-hop a changé le monde de la musique et l’a dominé pendant vingt ans, presque sans partage. Joseph Saddler alias Grandmaster Flash en est le point zéro avec quelques autres. Ce livre est un témoignage précieux et touchant de la période où la culture hip-hop se limitait aux frontières new-yorkaises. Le DJ le plus influent et le plus connu de la planète parle, se confie et livre des secrets. Pour les plus passionnés, les plus épris des valeurs de cette culture, en France et ailleurs, l’histoire commence au début des années 1980. Nous n’avons découvert que bien plus tard la période 1973-1979 et encore, de façon très sporadique. Il en profite également pour remercier ceux qui l’ont aidé dès le début. Ces personnes de l’ombre qui dans le meilleur des cas sont des noms sur des pochettes de disques. Citons ici Sal Abbatiello, directeur du club « Disco Fever » qui lui donna ses premiers cachets comme DJ.
Ce livre transmet parfaitement l’énergie brute d’une communauté qui par des innovations allait transformer le monde. Birth of a Culture n’est pas seulement une succession de dates. C’est une narration très personnelle de l’auteur (accompagné du co-auteur Robert « scoop » Jackson) et une promenade dans les pièces et les rues où la musique allait se transformer pour toujours. Avec des platines et un micro, Grandmaster Flash a déclenché une explosion culturelle qui allait vite balayer la planète.
Ce livre de 288 pages existe à ce jour uniquement en anglais. Il est sorti le 22 septembre 2026.
Conclusion
Que vous soyez un passionné de culture hip-hop depuis longtemps, un historien de la musique ou simplement une personne avide d’histoires passionnantes, ce livre doit être sur vos étagères ou dans vos ordinateurs. Une fois Birth of a Culture lu, alors vous pourrez prétendre connaitre l’origine du hip-hop, du rap.
Birth of a Culture Acheter en digital, Acheter en livre (Amistad, 2026)
Selection Musicale
The Adventures of Grandmaster Flash on the Wheels of steel 1981
Exercice de démonstration de DJ Grandmaster Flash. Nous n’avions rien entendu de pareil avant : révolution musicale. Le DJ devient central dans le rap. Tout le paysage musical va se transformer profondément à partir de cette sortie. L’intro résume à elle seule le phénomène. Le Good Times de Chic, le Another bite the dust des Queen, le Monster Jam du rapper Spoonie Gee, le scratching, toute une génération est touchée de plein fouet par le rap et n’en sortira jamais.
The Message 1982
Avant ce titre, le rap est une musique pour la fête, véritable alternative au disco. Les rappers se vantent et flattent leur ego. Avec The Message, le rap devient un media de revendications sociales. Il devient conscious rap.
It’s Nasty 1982
Autre classique du groupe dans lequel on découvre qu’un DJ a aussi besoin de bons rappers. À cette époque, le rapper n’utilise rien et aucun effet de studio n’est utilisé sur les voix. Il faut des timbres de voix originaux, un bon débit et de bons musiciens car le rap est une musique live à ses débuts. Dans la catégorie rap pour la fête, It’s Nasty est une réussite totale.
New York New York 1983
Bien avant Alicia Keys, Grandmaster Flash & the Furious 5 vantaient les vertus de leur ville sans en oublier les côtés négatifs : la violence, le crime, la drogue, la pauvreté, les maladies mentales, le comportement de la police…Un superbe texte « conscious », digne suite de The Message. New York New York big city of dreams And everything in New York ain’t always what it seems
White Lines 1983
Texte sur les ravages de la drogue à New-York et sur l’addiction à la cocaïne. Le tout sur une superbe ligne de bass empruntée au titre Cavern du groupe Liquid Liquid. Le réalisateur Spike Lee l’utilisera pour une scène d’anthologie dans son film 24 Heures Avant La Nuit en 2002.
Beat Street 1984
Premier film consacré à la culture hip-hop, produit par Harry Belafonte. Ce titre est un moment fort de la B.O.. Il habille la grande scène finale du film.
