Yoni Mayraz, pianiste israélien installé à Londres, avait marqué les esprits avec son album Dybbuk Tse! en 2023. Il annonce la sortie de Dogs Bark Babies Cry sur le nouveau label du bassiste Pino Palladino. Jazz virtuose, influences du moyen-orient, jazz-funk et hip-hop des 90’s, Mayraz signe un album racé.
L’équipe
Tout à fait de son époque, à la tête d’un trio brillant, épaulé par des guests de choix : le flûtiste britannique Tenderlonious, le rappeur de Virginie Fly Anakin ou la harpiste Miriam Adefris.
Dernier single avant la sortie de l’album, Ice Cold a été enregistré avec le rappeur Fly Anakin dont le premier album a été en partie produit par Madlib. “J’ai senti que le style de rap de Fly avait une intensité qui correspondait bien à ma musique, explique Yoni Mayraz, après l’avoir vu se produire à Londres l’an dernier. Je lui ai fait écouter mes morceaux et le lien s’est créé. La prod est née d’une boucle de piano mélancolique, typique du hip-hop des années 90. La batterie et la basse y ont ajouté une énergie naturelle.”
Entouré de ses complices de toujours – le bassiste Tom Driessler (Yussef Dayes, Adele) et le batteur Zoe Pascal – Mayraz convie également des voix fortes de la scène actuelle : le rappeur de Virginie Fly Anakin, le flûtiste anglais Tenderlonious, la harpiste austro-éthiopienne Miriam Adefris, le trompettiste JSPHYNX. Ce casting remarquable sert une musique à la fois plus téméraire et plus épurée que jamais. « C’est un album traversé par l’émotion », confie Mayraz. « Une plongée dans les tensions intérieures – peurs et désirs, beauté et décomposition. »
Sons et Influences
Faisant suite à son premier album très remarqué, Dybbuk Tse!, Mayraz pousse ici son langage musical singulier vers des territoires plus profonds, plus indomptés. Dogs Bark Babies Cry, titre aussi énigmatique qu’évocateur, désigne, selon Mayraz, « le moment où la clameur surgit. Les chiens aboient, les bébés pleurent. C’est un son inquiétant, mais naturel. Un bruit qu’on perçoit de loin. »
Enregistré en trois jours au légendaire studio Konk, au nord de Londres, l’album capture l’intensité d’un instant suspendu. Tirant pleinement parti de l’acoustique chaleureuse du bois sombre et du matériel analogique d’époque, chaque morceau a été capté en prise directe, avec une constellation d’invités rejoignant les sessions. Le résultat est une œuvre audacieuse et sans compromis, construite sur des compositions rigoureusement architecturées et des grooves nerveux. Elle tisse des fils entre le hip-hop des années 1990, des textures moyen-orientales et des paysages électroniques, tout en faisant écho au souffle brut des trios jazz-funk des années 70. Les plus âgés ou ceux dont la culture est large voyageront dans les époques. On passe du funk pur comme savait en jouer le groupe Cameo ou l’artiste Don Blackman au jazz-funk du label Paisley Park ou à celui des Headhunters. Les bass métalliques, les roulements de batterie, les claviers 70’s, tous les éléments du groove sont là pour un plaisir assuré. On retrouve ici l’esprit de Yussef Kamaal ou de Yusef Dayes. En France, celui des Electro Deluxe des débuts, de Sylvain Daniel ou des Volunteered Slaves. Sur DBBC, la bass nous ramène au travail de Bootsy Collins avec George Clinton, sur Ghostown nous voici dans les studios du label C.T.I., sur Mushroom nous sommes avec Prince pendant les sessions N.E.W.S. 16 titres hallucinants, puissants comme un random access memories du jazz et du funk. Indispensable.
Avec Dogs Bark Babies Cry, Yoni Mayraz signe une œuvre dense, subtile, brillante, une expérience sensorielle et viscérale. Un disque manifeste, qui confirme l’émergence d’une voix essentielle dans le jazz contemporain et les musiques instrumentales d’aujourd’hui, celle de Londres.
Yoni Mayraz Dogs Bark Baby Cries (2025, PPK Records)*** FNAC Applemusic

