Afrique Du Sud : Arc-en-ciel musical.

mandelaQuelle richesse musicale!

Par sa diversité et sa qualité, la musique d’Afrique du Sud est une des plus interressante d’Afrique. L’Europe découvre ce trésor au début des années 90 grâce à l’explosion de la “world music”. Pourtant, Myriam Makeba et d’autres ont pavé la route des années durant.

La musique sud-africaine, sa force est restée intimement liée à celle de la situation sociopolitique du pays qui a pendant longtemps été dominée par l’Apartheid. Miriam Makeba fut certes la seule à porter hors des frontières le chant sud-africain dans son expression la plus accessible, mais sur place dans le pays, durant les années d’apartheid, des groupes ont incarné la révolte dans les townships. On a par exemple les Mahotella Queens, accompagnées de Mahlathini Nkabinde, “Le Lion de Soweto”.

makeba2Myriam Makeba

Ce groupe s’est appuyé sur la tradition vocale du “Mbaquanga”, rythme très dansant, mêlant la tradition musicale zouloue, sotho et xhosa au maribi, au rythm’n blues, à la soul et au gospel. On a également les Ladysmith Black Mambazo, créé par Joseph Shabalala, dont les chants exprimaient toute la sensibilité de l’âme zouloue. Cette chorale gospel si puissante a enregistré des albums puissants avec une qualité de voix très rare.

ladysmith Ladysmith Black Mambazo

Les formations vocales sont la marque de fabrique de l’Afrique du Sud. Des chants accapella, émouvants et d’une rare beauté qui sont l’âme du pays.

S’il s’est fait discret ces dernières années, Johnny Clegg, est l’un des symboles musicals de cette lutte multiraciale contre l’Apartheid. Le “Zoulou blanc” comme on l’appelle a fortement influencé la musique sud-africaine à une époque. Il a refusé les barrières raciales en mélangeant, dès 1976, des rythmes et paroles de l’Occident à la musique zouloue traditionnelle. Avec son nouveau groupe, Savuka, créé en 1985, Johnny Clegg s’est fortement engagée dans la lutte anti-apartheid. Sa musique est parfois teintée de reggae , musique revolutionnaire s’il en est. Mais Johnny Clegg ne rend pas bien compte de la musique traditionnelle du pays.

clegg Johnny Clegg & Nelson Mandela

Le kwaito, dont Brenda Fassie reste incontestablement l’une des icônes, est un genre musical venu des townships de Durban et de Johannesburg et constitue un mélange de paroles crues portées par un savant alliage de house américaine, de jungle londonien, et de Ragga. Il est né à la fin des 80’s et au début des 90’s. Même si l’Apartheid est aujourd’hui perçu comme un lointain souvenir le combat par la musique se poursuit puisque le Kwaito parle de tout : Sida, chômages et autres problèmes sociaux. Bongo Maffin, Boom Shaka, TKZee, Arthur, Mdu Masilela, Zola, Mandoza, Mafikizolo, Mzekezeke. Ce sont là quelques noms de faiseurs de Kwaito, un rythme qui a fini par sortir des townships pour s’imposer comme une fièvre nationale.

La musique d’Afrique du Sud a une histoire riche et complexe, à l’image de celle du pays dans lequel elle prend vie. C’est certes une musique qui prend sa source dans les traditions ancestrales mais qui s’est laissée fortement influencer par la lutte contre l’apartheid. Elle a donc connue une véritable révolution des formes musicales. Des formes musicales qui étaient à la réalité fonction des nouvelles orientations qu’il fallait donner à la lutte.

Myriam Makeba

The Retreat Song

Elle a débuté sa carrière avec le single “Lakutshona Llange”, enregistré avec ‘The Manhattan Brothers’ en 1953. En 1958, elle forme le groupe ‘Skylarks’ puis rejoint ‘The Manhattan Brothers’. En 1959, elle accepte de tenir le premier rôle dans la comédie musicale ‘King Kong’ qui retrace le destin tragique du boxeur noir Ezekiel “King Kong” Dlamani. La même année, elle entame une tournée de dix huit mois en Afrique Du Sud et fait une apparition dans le documentaire ‘Come Back Africa’.

Elle est alors invitée à se produire en Europe et aux Etats-Unis. Fin 1959, elle se produit au ‘Village Vanguard’ de New York pendant quatre semaines. Un peu plus tard, elle apparaît sur scène lors d’un concert de Harry Belafonte au “Carnegie Hall”. En 1960, l’enregistrement du concert donne lieu à un double album, récompensé d’un “grammy award”. Elle ne cessera jamais sa collaboration avec Belafonte. En 1972, un album duo voit le jour. En 1997, elle est fidèle au chanteur lors d’un concert hommage organisé au “Madison Square Garden”.

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En 1967, sa chanson “Pata Pata”, écrite par Dorothy Masuka et enregistrée en 1956 est un énorme succès.

Mais on ne peut pas parler de sa carrière sans évoquer son combat contre l’apartheid. En 1960, le gouvernement lui retire sa citoyenneté. Elle est forcée de quitter son pays. En 1964 et 1975, elle prononce des discours dénonçant la violence du système devant l’assemblée générale des Nations-Unis. En 1968, elle reçoit le prix ‘Dag Hammerskjold’ pour la paix. Mais après son mariage avec l’activiste radical noir Stokely Carmichael, plusieurs de ses concerts sont annulés. Sur l’invitation du président Sekou Toure, elle s’installe en Guinée.

Sa carrière reprend en 1975 par un enregistrement avec Joe Sample, Stix Hooper, Arthur Adams et David T.Walker du groupe jazz “Crusaders”. En 1987 et 1988, elle rejoint Paul Simon et le groupe sud-africain “Ladysmith Black Mambazo” pour la tournée ‘Graceland’. Deux ans plus tard, c’est la tournée ‘One Nation Tour’ avec Odetta et Nina Simone.

En 1988, elle signe son autobiographie qui sera traduite en plusieurs langues. En 1990, suite à la libération de Nelson Mandela, elle retourne en Afrique Du Sud. En avril 1991, elle s’y produit pour la première fois depuis trente ans : elle est accueillie comme une reine. 1992 est l’année de la comédie musicale ‘Sarafina’ dans laquelle elle apparaît et qui gagne un award. Deux ans plus tard, elle rejoint son mari, le trompettiste Hugh Masakela, pour la tournée ‘Tour Of Hope’. Une grande figure de la culture sud-africaine.

Ladysmith Black Mambazo

 “Homeless”         

Ce groupe s’est fait connaître grâce à l’album “Graceland” de Paul Simon, en 1986. Pourtant, il faisait figure de plus grand groupe d’Afrique Du Sud depuis près de vingt ans.

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Crée par Joseph Shabalala avec des amis et sa famille dans la ville de Ladysmith, ce groupe est une chorale accapella qui interprète le ‘mbaqanga’ ou ‘isicathamlya’, genre crée par les mineurs noirs d’Afrique Du Sud. Le groupe est également considéré comme le champion du ‘cothoza Mfana’, compétitions de chants et de danses.

Leur premier contrat date de 1970 et leur discographie ne compte pas moins de vingt huit albums. Grâce au succès de la tournée de Paul Simon, ils signent avec Warner pour l’album intitulé “Shaka Zulu” qui sort en 1987. Cet opus produit par Paul Simon leur apporte un “grammy award”. Sur “Two World, One Heart”, c’est George Clinton, figure majeure du funk, qui chante avec eux.

Ladysmith a également contribué au succès de certaines B.O comme celle de “Une Saison Blanche Et Sèche”. Le groupe apparaît aussi dans le clip de la chanson  “Moonwalker” de Michael Jackson.

En 1992, une tournée est organisée en Afrique Du Sud avec Paul Simon. Cet événement est très important pour ce groupe dont un des membres fut abattu sur une autoroute par la police du pays. La force vocale de l’Afrique Du Sud.

Mahotella Queens

Formé en 1964, ce groupe s’est fait connaître dans les années 70 grâce à son travail avec Simon Mahlathini et à son style vocal particulier. Certains des membres tournent encore aujourd’hui avec Mahlathini aux Etats-Unis et dans le monde. Leur dernier enregistrement figure sur l’album intitulé “Soweto Never Sleeps-Classic Female Zulu Jive”. Avec Ladysmith Black Mambazo, l’autre force vocale du pays.

Hugh Masekela

Hugh Masekela

Très influencé par le film “Young Man With A Horn”, il commence à chanter, à jouer du piano et de la trompette dés l’âge de quatorze ans. Il joue avec le groupe de jazz “Huddleston” emmené par le leader anti-apartheid Trevor Huddleston. Après la déportation de ce dernier, il fonde “The Merry Makers Of Springs” avec Jonas Gwangwa.

Plus tard, il fait partie de l’orchestre qui assure la musique de la comédie musicale “King Kong” dans laquelle joue Miriam Makeba.

En 1961, il quitte l’Afrique Du Sud avec M.Makeba, sa femme. Dizzie Gilespie, John Dankworth et Harry Belafonte lui apportent leur aide. Il étudie alors à la “Royal Academy Of Music” puis à la “Manhattan School Of Music”. Sa carrière explose au début des années 60. Il enregistre pour plusieurs maisons de disques et développe une fusion entre musique africaine, pop et jazz.

Il s’installe ensuite en Californie et crée son label baptisé Chisa. En 1968, sa chanson  “Grazing In The Grass” se vend à quatre millions d’exemplaires dans le monde.

Au début des années 70, il travaille avec Monk, Montgomery et les Crusaders. Il se rend à Londres pour jouer avec le nigérian Fela Kuti puis part en tournée en Afrique et en Amérique Du Nord.

A la fin des années 70, il enregistre avec Herb Alpert avant de retourner en Afrique où il passe la decennie 80. Il prend une direction jazz-funk et pop avec le groupe Kalahari. Comme M.Makeba dont il était le producteur, il rejoint Paul Simon pour la tournée “Graceland” au milieu des années 80. Un bel ambassadeur de la musique sud-africaine.

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