Il était né le 7 juin 1958. Je suis né le 7 juin 1968. D’emblée, ça rapproche. Mais ce n’est pas ce qui a compté au début de la relation. Non, l’important était sa musique, sa personnalité, ses messages. Il me faudra du temps pour les découvrir et les apprécier. Trop bizarre par son attitude et ses looks, je n’adhère pas rapidement. Il faut une oreille avertie pour bien comprendre sa musique.
Et voilà 1984 et son premier film très autobiographique. Il joue avec nos émotions, avec succès. Son histoire permet de bien ressentir sa conception de la musique, sa façon de l’écrire. La B.O. est pleine de mélodies imparables et entêtantes. Et puis il y a ce fameux Purple Rain et le solo de guitare. À cette période, j’écoute souvent Lady Cab Driver, I Wanna Be Your Lover, Controversy, Head, I Feel For You…Après seulement six années d’activité, le monsieur a déjà signé plus de hits planétaires que la plupart des artistes de sa génération. C’est prodigieux dans une époque dominée par de nombreuses stars à commencer par Michael Jackson. La presse prendra un malin et vicieux plaisir à les opposer en permanence. Il n’en était rien. Jackson choisira « Prince » comme prénom pour son fils…
Les albums s’enchainent rapidement. Les différents looks et différents styles musicaux également. Nous prenons conscience de l’étendue de son talent, de ses idées. Arrive 1987 et Sign O The Times. Trois ans après le raz-de-marée Purple Rain, il commercialise ce double album extraordinaire, fascinant. Cette fois, j’adhère à 100%. It, Sign O The Times, Starfish & Coffee, You Got the Look, If I Was Your Girlfriend, The Ballad Of Dorothy Parker et bien sûr le terrible Housequake. C’est fait, je suis un fan et pour longtemps.
La culture Hip-hop, le rap, le courant new jack-swing, l’electro, le jazz fusion, tous ces courants musicaux sont là. Je suis à 100% dans la musique, tout le temps, avec mes amis Marc, Laurent, Walter, Didier, à la maison de la radio avec Gilles, en soirée comme DJ ou comme invité, partout, tout le temps. Et il est là avec Cream, Get Off, Lovesexy, Release It, Joy In Repetition, Melody Cool, Sexy M.F., 7, My Name Is Prince, Gold, The Most Beautiful Girl In The World…1992, rencontre à la FNAC des Ternes, Paris. Je repars avec un porte-clef à son effigie « Love Symbol » que je garderais jusqu’à sa détérioration à cause du temps en 2020.
Avec les années 1990, tout change rapidement, à commencer par ma vie. Il est encore là, comme un membre de la famille. Sa musique est consolation, exutoire, excitation, plaisir, parfois un peu nostalgie aussi. Lui aussi change et s’adapte à son temps devenu difficile pour les artistes, même de son rang. Crystal Ball, The Rainbow Children, N.E.W.S., Xpectation, Musicology…les albums s’enchainent avec toujours un deux ou trois titres inoubliables. 2004, notre relation dure depuis 22 ans. Rare avec un membre de la famille. Lotus Flowr, Art Official Age…Il vieillit, souffre à cause des excès liés à son métier. Les grands écarts ne sont pas idéals pour garder une hanche intacte. Il souffre, adapte sa présence sur scène avec une tournée intitulée Piano & a Microphone. Au moins, il reste assis.
Le 16 avril 2016, je fais l’expérience d’une émotion jamais ressentie jusqu’alors. Dans une pizzeria avec ma fille alors âgée de 4 ans. Mon ami Remy m’appelle :
-Tu es au courant ?
-au courant de quoi ?
-Prince est mort.
Les larmes ruissellent immédiatement. Impossible de les retenir, elles coulent, point. Un ami de 34 ans qui a été là dans tous les moments importants de ma vie vient de s’éteindre.
Dix ans déjà mais il est toujours si présent que le temps n’y peut rien. Et le nombre de chansons est si important que la répétition ou la lassitude ne sont jamais de la partie. Que s’est-il passé en dix ans ? Pas grand chose à la réflexion. Bien sûr, des coffrets ont été commercialisés mais leur intérêt pour les fans était faible. Le meilleur étant probablement celui de l’album Paisley Park dans lequel se trouvait la video du concert organisé dans les studios de Paisley park avec Miles Davis. Il y eut aussi l’album Original dans lequel on découvrait les versions de titres célèbres produits par lui pour les autres mais interprété par lui. Là, même pour les fans, l’intérêt était fort. Mais aucune réédition des productions de son label. Rien sur Madhouse, The Family, Eric Leeds, T.C. Ellis ou NPG. Bref ! pas grand chose en dix ans.
Pour célébrer les dix ans de sa mort, oui, célébrer car ce doit être une fête surtout dans le contexte social qui est celui de sa ville de Minneapolis en ce moment. Pour célébrer sa mort disais-je, j’ai choisi les dix titres que je préfère dans sa carrière, ceux que j’emmènerais sur une île déserte et dans mes versions favorites. Me limiter à 10 fut, comment dire, une tache cruelle. Mais cela m’a permis de réaliser que de tous ces concerts (et j’en ai pas mal), le meilleur fut sûrement celui de Los Angeles en 2011. Bonne écoute.
En cadeau et pour partage, vous retrouverez ICI l’intégralité d’un concert donné à Paisley Park en juin 2001pour fêter son anniversaire, avec Erykah Badu, Alicia Keys, le rapper Common et Georges Clinton…
Une pensée pour ceux avec qui j’ai soit découvert Prince, soit partagé mes émotions à l’écoute de sa musique, soit partagé des raretés : Walter, Dominique Fontaine (R.I.P.), JJ Brice, JN Ogouz, Julien Faineteau, Daïto, Fiso, Abdel, Eric Moral (R.I.P.), Bertrand Fleury, Veronique Jojo, Anna Kouyate, Abdel…

