Un musicien légendaire, figure emblématique de la salsa, compositeur et tromboniste aux talents reconnus par tous nous a quitté le 21 février 2026. Il avait 75 ans. Il avait 11 grammy awards à son actif. Comment avait-il commencé ? Pourquoi et comment est-il devenu une légende dans toute l’Amérique latine et au-delà ? quels étaient ses œuvres majeurs ? Musiculture vous propose de découvrir ou de redécouvrir Willie Colon.
La Fania, la salsa new-yorkaise
Ce new-yorkais né dans le Bronx de parents portoricains a toujours baigné dans la musique. Il joue d’abord de la trompette dès l’âge de douze ans puis se dirige vers le trombone à 14 ans. En 1967, alors juste âgé de 15 ans, il signe ses premiers enregistrements sur un petit label qui fait vite faillite. C’est là qu’il signe avec un label qui deviendra vite la référence du genre à New-York, le label Fania de Johnny Pacheco. Là, il enregistre avec Hector Lavoe deux albums majeurs : Lo Mato et Guisando. La salsa new-yorkaise, rythmée, jazzy, connait un succès qui couvrira la décennie 1970 et 1980. Lavoe restera dans son groupe jusqu’au milieu des années 1970. Il en partira à cause de problèmes indépendants de la musique.
Grâce à eux, la salsa new-yorkaise devient un genre à part entière de la musique latine. La ville devient le centre d’une intense création qui redore le blason de la ville en termes artistiques. Les portoricains avaient développé un genre bien particulier dans les années 1960. La salsa à New-York devient un moyen d’unir la communauté portoricaine. Leur musique influencée par le latin-jazz et le mambo des années 1940 et 1950 est aussi une alternative au rock de Santana et à la pop qui utilise les cultures latines. Il s’agit d’affirmer ses racines afro. Le label Fania de Pacheco et Masucci joue un rôle central. Son rôle culturel se transformera vite en rôle politique. Willie Colon se nourri de cette période pour la suite de sa vie artistique et politique. Le concert de la Fania au Yankee Stadium en 1973 est culte. Un très grand moment de salsa. D’autres, dans la Fania ou pas, jouent un rôle majeur dans le développement de cette salsa tels Ray Barretto, Joe Bataan, Eddie Palmieri…
Willie et Ruben Blades
En 1969, Willie Colon et Ruben Blades se rencontrent dans les coulisses d’un concert au Panama. Six ans plus tard, ils décident d’une première collaboration. Alors qu’il travaille sur son album The Good The Bad, The Ugly, Colon sélectionne la chanson El Cazanguero de Blades et lui demande d’en être le chanteur. L’association aboutit à une telle réussite commerciale que Blades devient le chanteur officiel de Colon, en remplacement de Lavoe. En 1977, leur album Metiendo Mano ! est un grand moment de l’année. En 1978, l’album Siembra, un indispensable du genre salsa et une référence du label Fania atteint un niveau de vente incroyable. Il restera dans les meilleurs ventes des années durant. Mais les relations entre Blades et Jerry Masucci (président du label Fania) sont si détestables que les deux hommes enregistrent chacun de leur côté. Leur succès séparément ne sera jamais au niveau de leur travail commun. En 1982, il remporte un Grammy pour son album Canciones Del Solar De Los Aburridos. L’album marque le retour au succès pour Willie Colon et Ruben Blades. Trois superbes titres : Tiburon, Ligia Elena et Te Estan Buscando. Par la suite, ils travailleront régulièrement ensuite, soit en studio, soit sur scène.
Un musicien instruit et investit en politique
En 1975, Willie Colon s’était dirigé vers des études musicales poussées. Il étudie musicologie, composition et orchestration. Ce niveau d’étude lui permettra vite d’occuper des postes clefs. En 1978, il est nommé musicien, producteur et tromboniste de l’année. Trois ans plus tard, il est nommé musicien de l’année par les professionnels de musiques latines aux USA. Son album Fantasmas est également nommé meilleur album de l’année. Son savoir-faire, son éducation musicale et sa polyvalence feront de lui un musicien aimé du public et des professionnels. De cette période, il faut retenir le Solo de 1979 et le Doble Energia de 1980. En 1981, un moment historique a lieu pour toute l’Amérique latine. Il enregistre un album avec la diva Celia Cruz. C’est le fameux Celia & Willie. L’alchimie fonctionne à merveille entre les deux artistes. L’album est à la salsa ce que l’album entre Marvin Gaye et Diana Ross est à la soul ou ce que l’album entre Louis Armstrong et Ella Fitzgerald est au jazz.
En parallèle, il s’investira beaucoup en politique dès les années 1990. En 1992, il propose sa candidature pour entrer au congrès américain. En 2001, il se présente pour le poste d’avocat publique de la ville de New-York. Il échoue honorablement. Il devient alors conseiller de Michael Bloomberg, maire de New-York City. Il est le représentant de la communauté latino à la mairie. En 2012 et 2013, il utilise les médias sociaux pour lutter avec force contre l’élection d’Hugo Chavez au Venezuela puis contre Nicolas Maduro. Preuve que la période Fania l’a fortement marquée.
Suite et fin
Il est aujourd’hui admis que la grande période de la salsa américaine en provenance de New-York et Miami s’arrête au début des années 1990. Il en va de même pour la carrière de Willie Colon. Ses albums Color Americano (1990) et Honray Cultura (1991) enregistrés avec son nouveau groupe Legal Alien connaissent un succès d’estime. Le but pour lui est de lancer de jeunes musiciens pour assurer la relève. En 1993, il enregistre Hecho En Puerto Rico avec d’anciens membres du Fania All Stars. Le public de fidèles s’est restreint. La jeune génération est partie vers le Hip-Hop. Il remplit toujours des stades mais vend beaucoup moins de disques. En 2015, le magazine Billboard en fait l’artiste latino le plus influent de tous les temps. En 2018, il publiait son autobiographie et mettait en route son label « Willie Colon Presents ». Il s’est éteint à l’âge de 75 ans le 21 février 2026. Il avait à son actif pas loin de 50 albums.
Il a été un pionnier de la salsa, un ardent défenseur de la communauté latino de New-York, un modèle culturel pour toute l’Amérique Latine.
