RADIO 7
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« Le temps passe et tout est toujours à sa place »…pas tout à fait. Par contre, « Tous ces moments se perdront dans l’oubli, comme des larmes dans la pluie » prend tout son sens à notre époque. Il n’est pas rare d’entendre des jeunes demander qui était Prince ou quel genre de musique jouait Phil Collins ou encore Bob Marley ? non, je crois que mon père écoutait ça mais je ne connais pas. Des stars planétaires pour plusieurs générations ne sont plus rien pour d’autres. La transmission de connaissance est absente.

 

 

La Source

Dans ce désert de connaissances culturelles, il me semble important d’écrire ce genre de sujet. Les musiques électroniques ont transformé les musiques dites actuelles en profondeur et de façon irrémédiable. En France, un média a tenu une place de choix dans ce mouvement : Radio 7. Cette radio installée dans les locaux de Radio France, Paris, avait une programmation avant-gardiste. Les meilleurs DJ de l’époque y animaient leur émission, RLP et Sydney en tête. Le premier a lancé le jeune Dimitri qui deviendra plus tard connu sous le pseudo Dimitri From Paris. Il a aussi été une influence majeure pour l’artiste David Guetta. Le deuxième avait animé une émission de télé consacrée à la culture Hip-Hop sur TF1

. DJ RLP

Environnement Musical

En vrac et d’un jet, voici quelques labels et artistes qui nous inspirent et nous font rêver dans la première moitié des années 1980 : Sugarhill Records, Tommy Boy, Kool DJ Herc, Bambaataa, Arthur Baker, Fred Zaar, Jon Robie, John Benitez, Mantronix, Rod Hui, Aleem, Brenda K Starr, Warp 9, Tina B., Planet Patrol, Newcleus, Jonzun Crew, Grandmixer DST, Biz Markie, Audio Two, Boogie Down Production, DJ Jazzy Jay, EPMD, Latin Rascals, Grandmaster Flash, Kurtis Blow, Melle Mel, Kool Moe Dee, Kool G rap, Lovebug Starski, Tuff City, Cutting Records, Sleeping Bag Records, Run DMC, Stetsasonic, TLA Rock, Whodini, 45 Kingdom, Trouble Funk, Tabu Records, Full Force, Lisa Lisa & cult jam, Freeez…ils nourrissaient notre corps, nos esprits, nos rêves dans cette première moitié des années 1980 avant que la musique « urbaine » ne devienne une industrie, occupant tout un pan de l’économie.

Du néant aux balbutiements

Il est indispensable de se remettre dans le contexte pour bien comprendre l’époque. Le terrain est vierge. Les stars des musiques urbaines électroniques funk ou rap sont aux USA ou en Angleterre. En France : RIEN ! néant. Dans l’ombre, dans l’underground comme disent les Américains, des individus anonymes travaillent leur style, rêvant de réussite et de célébrité. Les plus persévérants et les plus charismatiques, pas forcément les plus doués, toucheront au succès et à la célébrité quatre ou cinq ans plus tard, parfois un peu plus. La plupart du temps, tout se résume à une bande de potes et à leur mimétisme des artistes anglophones. Le DJ travaille seul dans sa chambre avec le matériel qu’il a peiné à s’offrir en occupant des jobs pénibles, quand il l’a acheté…Les musiciens quant à eux se réunissent dans les locaux de MJC dans le meilleur des cas, dans des lieux lugubres le plus souvent. Les danseurs sont les plus libres : un morceau de carton et un poste suffisent à l’entrainement. Les artistes peintres, souvent appelés graffiti-artistes ont, eux, besoin de peinture, de bombes de peinture. Le plus souvent, les Altonas sont volées, très rarement achetées. Ensuite, il est long et difficile de trouver la bonne surface, sauf pour les taggers. Poser sa signature rapidement et dans un lieu visible de tous est assez facile. La bonne calligraphie, le style unique sont plus ardus. Le lieu commun à toutes ces cultures dans la première moitié des années 1980 est Radio 7.

DJ Cut Killer

Dans ces locaux, de jeunes artistes trouvent un lieu privilégié pour s’exprimer, une superbe vitrine pour se faire un nom. Parmi eux, les I.Z.B. (Incredible Zulu BBoys), collectif dans lequel se trouve le DJ Cut Killer et Junior, Angelo de son prénom, futur PDG de la société ‘Live Nation’. Mais aussi les New Generation MC, précurseurs du rap hexagonal bien avant son développement commercial et sa récupération par les maisons de disques. Leurs interventions dans l’émission de Sydney sont historiques vu d’ici. Radio 7 fermera ses portes en 1987, remplacée par France Info, sur ordre du premier ministre Jacques Chirac. Radio Nova prendra le relais. Au milieu des années 1980, Radio 7 était un lieu de développement pour toutes les nouvelles cultures urbaines. La programmation était avant-gardiste.

Conséquences.

Très vite, certains gagnent en popularité. Il devient possible d’entrevoir un avenir lumineux grâce à la musique et à la culture. Les modèles de Radio 7 font des émules.

En 1988, le concert des stars du rap Public Enemy est en partie organisé par les I.Z.B. Lionel D, rapper de Vitry et son DJ Dee Nasty sont parmi les premiers à sortir leurs enregistrements sur vinyl, trois ans après la disparition de Radio 7.  Puis, les maisons de disques Sony, Virgin et Universal se lanceront dans la signature d’artistes rap : NTM, Assassin, MC Solaar et IAM sont les premiers. En 1995, DJ Cut Killer des IZB sort sa compilation Hip-Hop Soul Party chez MCA. Il s’en vend 500 000 exemplaires. Le phénomène des DJ est lancé pour quelques années. En 1990, la scène française de l’électronique devient la ‘French Touch’ connue et reconnue dans le monde entier.

Dimitri From Paris

Ceux qui ont écouté les programmations de RLP et le son électronique de Radio 7 en général, émergent après quelques années de travail dans l’ombre. En 1990, David Guetta enregistre Nation Rap avec Sydney. En 1995, Dimitri From Paris commercialise Nite Grooves puis Esquisses sur le label de Bob Sinclar et DJ Yellow. Cultures électroniques et hip-hop se séparent peu à peu en deux grandes parties. Leur développement va dominer sans partage la période 1990-2015. En 1994-1996, la loi qui impose des quotas de chansons françaises aux radios accélèrent le mouvement. Le rap deviendra vite la nouvelle variété, la musique la plus écoutée en France au point d’éclipser le rap américain.

Conclusion

Radio 7 a tenu un rôle majeur, véritable point de départ dans l’hexagone de tous ces courants. Vous avez en écoute 42 minutes de programmation venues tout droit des studios de Radio 7. Comme un voyage dans le temps, un passage direct vers ce passé glorieux dans lequel concurrence, émulsion, rêve de gloire étaient notre quotidien. Ceux qui étaient là peuvent, à mon avis, en tirer une certaine fierté.

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