100 de Miles Davis, 100 ans de jazz, de génie, du be-bop au do-bop en passant par le jazz-rock. Miles Davis a constamment innové en gardant toujours un pied dans la tradition. Il a traversé 50 ans grâce à cet état d’esprit. 2026, il est toujours très présent dans les magasins de disques et sur les plateformes. Un artiste admirable à l’œuvre intemporelle. Revu en détail.
Les années 1940 : Julliard, Billy Eckstine, Charlie Parker, Max Roach…
Sur cette décennie, il est complètement sous le joug de Gillespie et Charly Parker. Il quitte le midwest des Etats-Unis pour s’installer à New-York afin de suivre des cours à l’école de musique Julliard. Dès son arrivée à Manhattan, il joue en clubs avec Charlie Parker. En 1945, il a abandonné les études pour se concentrer à plein temps au jazz. Il rejoint le groupe de Benny Carter puis très vite ceux de Eckstine et Parker (1946-1948). Il fait ses premiers enregistrements comme leader en 1947 avec Parker, John Lewis (piano), Nelson Boyd (bass) et Max Roach (batterie). Mais globalement il passe son temps à jouer pour les autres. En 1948, il monte un groupe de neuf musiciens et utilise Gil Evans pour les arrangements. Ce groupe obtient un contrat avec Capitol. Leur son à cette époque aura une influence majeure sur les membres du groupe pour la suite et sur des artistes comme Lee Konitz ou le fameux batteur Kenny Clarke. Le style baptisé cool jazz est né. Il faudra cependant attendre 1957 pour la sortie de l’album Birth of the cool.
Les années 1950 : Birth of Cool, Kind Of Blue et l’ascenseur
Cette décennie est celle de très nombreux concerts et de quelques chefs d’œuvres intemporels que nous écoutons encore aujourd’hui.
En fait, les années 1950 débutent en 1955 pour Miles. Dans la première moitié des années 1950, il règle ses soucis de santé liés à la drogue. En 1955, il se produit au festival de jazz de Newport. Son interprétation du titre Round Midnight est telle que le grand patron de Columbia lui propose un contrat. Miles signe et il restera avec le label presque jusqu’à la fin de sa carrière. Le contrat l’autorise à constituer le groupe dont il a envie, en toute indépendance. Il organise un quintet avec John Coltrane (saxophone), Red Garland (piano), Paul Chambers (bass), Philly Joe Jones (batterie). Il met fin au contrat qui le lie avec Prestige Records avec les albums The New Miles Davis Quintet, Cookin’, Workin’, Relaxin’et Steamin’. En 1957, il est à Paris, ville chère à son cœur. Il improvise sur les images du film Ascenseur Pour L’Echaffaud. Un chef d’œuvre toujours dans les ventes de jazz actuelles qui lui rapporte une nomination aux Grammy Awards.
En mars et avril 1959, entrée en studio pour l’enregistrement de Kind Of Blue. Très peu d’album atteindront ce niveau dans l’histoire du jazz. So What, Blue In Green, All Blues, Flamenco Sketches sont des hits à l’énorme succès. Certains seront repris à de multiples reprises par Marcus Miller, Al Jarreau et un nombre incalculable d’artistes. L’album se vend à 2 millions d’exemplaires à sa sortie et change le marché du jazz en montrant une nouvelle direction à suivre. En juillet et août 1959, il enregistre avec Gil Evans et un orchestre l’album Porgy and Bess, autre chef d’œuvre. En novembre, nouvelles retrouvailles avec Gil Evans pour des sessions qui durent jusqu’en mars 1960 et qui aboutissent à l’album Sketches and Spain. Le Grammy pour meilleures compositions jazz à la clef.
Le travail réalisé entre 1955 et 1960 est énorme. Les albums qui font sa réputation pour les décennies à venir voient le jour à cette période.
Les années 1960 : Miles & Herbie
Tout va très vite dans les années 1960. Les sorties d’albums sont aussi rapides que les changements de musiciens dans son groupe. En mars 1961, il entre en studio avec un nouveau groupe. Wynton Kelly remplace Bill Evans au piano et John Coltrane part pour la carrière solo que l’on sait. Hank Mobley le remplace après un bref passage de Sonny Stitt. Someday My Prince Will Come voit le jour en mars 1962 avec les derniers enregistrements de Coltrane. En mai, il donne un concert au « Carnegie Hall » de New-York avec Gil Evans. La même année, il enregistre son dernier album avec Gil Evans : Quiet Nights. Les nominations au Grammy Awards sont nombreuses.
En 1963, il change complètement de groupe pour Seven Steps To Heaven. L’enregistrement débute avec George Coleman (saxophone), Victor Feldman (piano), Ron Carter (bass) et Franck Butler (batterie). Mais très vite Feldman est remplacé par Herbie Hancock et Butler par Tony Williams. L’amitié et le travail avec Herbie Hancock commencent là et vont durer cinq ans. En septembre 1964, le saxophoniste Wayne Shorter rejoint Miles. Le quintet historique des années 1960 est en place. E.S.P., Miles Smiles, Sorcerer, Nefertiti, Miles In The Sky, Filles de Kilimanjaro sont enregistrés avec ce groupe. C’est avec eux qu’il se tourne peu à peu vers un son plus électrique. Herbie convainc Miles d’utiliser le piano électrique Rhodes. Hancock joue un rôle majeur dans l’évolution de la musique de Miles à cette période. En septembre 1968, Herbie est remplacé par Chick Corea et Ron Carter par Dave Holland. Mais Hancock, Joe Zawinul (piano) et le guitariste John McLaughin jouent sur Silent Way, dernier album des années 1960 qui laisse présager de la suite.
Les années 1970 : Bitches Brew, jazz-rock.
Cette décennie est importante mais courte artistiquement. Il change le visage du jazz une nouvelle fois en utilisant le rock pour créer le jazz-rock. Grâce à cette démarche, il attire un nouveau public beaucoup plus jeune vers sa musique. Bitches Brew sort en en mars 1970. Très vite, l’album est disque d’or. Il remporte le Grammy du meilleur groupe jazz sur scène. Un an plus tard, le concert du groupe au « Fillmore East » remporte également un succès considérable. L’hommage au boxeur Jack Johnson est énorme. Il donnera lieu à un coffret de 5cd dans lequel on peut apprécier les improvisations de Miles et son groupe électrique. De nombreux titres dépassent les 11’00 pour atteindre parfois les 26’00. John McLaughlin y tient une place centrale. Désormais, le Miles de Kind Of Blue est un artiste lointain. La mutation artistique a bien eu lieu.
Mais les disciples souhaitent voler de leurs propres ailes. Chick Corea forme « Return To Forever », Wayne Shorter et Joe Zawinul forment « Weather Report ». Pour John McLaughlin, ce sera « Mahavishnu Orchestra ». En octobre 1972, Miles se casse les hanches dans un accident de voiture. Il quitte la scène et abandonne les enregistrements pour se consacrer à sa maladie, à la chirurgie et aux soins. Son silence va durer cinq ans.
Les années 1980 : Miles, Marcus, Prince, Tutu
Après cinq ans de silence, il revient avec The Man With The Horn puis avec un live magistral que beaucoup considèrent comme son meilleur. Sur We Want Miles, jamais il n’a joué ainsi. L’équipe est flambant neuve : Al Foster (batterie), Bill Evans (soprano saxophone), Mike Stern (guitare), Mino Cinelu (percussions) et surtout Marcus Miller (bass). Suivent Star People, Decoy et You’re Under Arrest. Mais le son n’est plus là. Miles peine à trouver un nouveau souffle, un son.
C’est chose faite en 1986 avec l’album Tutu. Pour la première fois, Miles quitte Columbia / Sony et signe avec Warner. Tutu est l’album qui lui attire un public jeune, urbain, branché funk et R&B. Marcus Miller qui a composé six des huit titres donne à Miles l’album du renouveau seize ans après Bitches Brew. Cet hommage à Desmond Tutu est une réussite totale. Tutu, Portia, Full Nelson, Perfect Way sont des succès commerciaux majeurs. L’Elite du jazz / R&B est sur l’album, du batteur Omar Hakim au pianiste clavier Bernard Wright en passant par le percussionniste Paulinho Da Costa. Marcus et Miles réitèrent l’exploit trois ans plus tard avec Amandla. Le saxophoniste Kenny Garrett fait une entrée remarquée. « Merci de m’avoir fait revenir » dira-t-il à Marcus.
Entre temps, Miles et Prince nouent des liens très forts. L’admiration est réciproque. Le prince de Minneapolis invite le trompettiste à fêter le nouvel an 1988 sur scène dans ses studios de Paisley Park. Miles accepte et le concert sera historique. Une version de 34 minutes du It’s Going To Be a Beautiful Night avec les deux génies sur scène. De nombreuses prises studio avaient été enregistrées en vue d’un album commun. En 1988, Miles joue avec les monstres sacrés du funk : le groupe Cameo. Sur leur titre In The Night, il improvise sur leur rythmique. 37 ans après son premier album, il se réinvente avec la génération funk des années 1980.
Les années 1990 : du be-bop au doo-bop, Quincy, Easy Mo Bee
Les années 1990 sont celles du hip-hop qui domine tout. Logiquement, il se tourne vers un des meilleurs producteurs pour une fusion jazz-hip hop afin de montrer une nouvelle voie à suivre. Le producteur se nomme Easy Mo Bee. L’enregistrement a lieu en janvier et février 1991. Il décède au mois de décembre en Californie. Doo-bop est commercialisé en 1992 après sa mort. Osten Harvey alias Easy Mo Bee participe à la conception des neuf titres. The Doo Bop Song, Chocolate Chip et Fantasy sont des succès commerciaux. L’album remporte le Grammy du meilleur album instrumental R&B de l’année.
En 1993, l’album des retrouvailles avec Quincy Jones au festival de jazz de Montreux est commercialisé. Quincy en était le chef d’orchestre. Ce sera son dernier live, enregistré en juillet 1991. La même année, il donne un excellent concert à la Villette, Paris. Ses derniers enregistrements studio se font avec Marcus Miller et Paolo Rustichelli. Avec ce dernier, il laisse le fabuleux titre Capri. Comme une boucle, un retour à Kind Of Blue. On le découvre en octobre 1992, date de la sortie de cet album. Avec Marcus Miller, ce sera sur l’album The Sun Don’t Lie que le public découvre en 1993, deux ans après son départ. Comme dit Marcus sur The Sun Don’t Lie : The King Is Gone. Oui, le roi est parti laissant un héritage immense et des titres qui font partie du patrimoine mondiale. Un héritage toujours source de revenus incroyables parce que sa musique se vend encore 35 ans après la fin.
Les années 2000 et après : l’héritage
24 ans après sa mort, Miles était le sujet de Miles Ahead, un biopic co-écrit et dirigé par Don Cheaddle. Robert Glasper assurait la bande son. En parallèle, le même Glasper s’entourait de quelques amis pour enregistrer Everything’s Beautiful, un album composé de titres originaux et de nouveaux titres. Stevie Wonder, John Scofield, Erykah Badu et d’autres avaient répondu présent. En 2020, Miles était le sujet du documentaire Miles Davis : Birth Of The Cool tourné par Stanley Nelson.
Depuis son décès, Columbia a sorti de nombreux inédits sous forme de coffrets ou d’albums simples. La musique et l’état d’esprit de Miles Davis sont partout. Ses innovations sont devenues la norme. Marcus Miller lui rend constamment hommage sur scène. Le nombre d’albums sans âges, aussi actuels aujourd’hui qu’à leur enregistrement est légion. Voir ici.
À titre personnel, je n’ai pas de mots pour décrire l’impact de sa personnalité, de sa musique sur ma vie. Je le découvris tard, en 1986 avec Tutu et grâce à Marcus Miller. Puis il y’eut le concert de la Villette en 1991. Ensuite, je suis revenu sur son œuvre pour ne jamais vraiment en sortir. L’un de ses derniers enregistrements (avec Paolo Rustichelli en 1991) m’avait renversé et c’est encore le cas à chaque écoute…
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