WAAJEED : Detroit spirit.

 Très créatif, le producteur Waajeed s’amuse des genres et des barrières musicales. Cet enfant de Detroit vient de sortir un nouvel album coloré, rythmé et surprenant.

Pour comprendre Waajeed, il faut connaître son histoire. Robert O’Bryant IV, son vrai nom, est né à Detroit en 1975. Il grandit dans le même quartier que son ami Jay Dee (Dilla) en écoutant hip-hop, soul mais aussi musiques électroniques. Il faut dire que la “house” de Detroit aura un impact fort dans les années 1990. Avec cette multiplicité d’influences et la culture musicale qui va avec, Waajeed devient logiquement un DJ talentueux. Avec Dilla, il forme le groupe rap “Senepod”, noyau de ce qui deviendra “Slum Village”. Nous sommes en 1991. Waajeed n’a que 16 ans et ses parents ne voient pas d’un bon œil cette implication dans la musique. Il prend la direction d’une école de “design”, d’arts graphiques et de photographies pendant que les “Slum Village” enregistrent “Fan-Ta-Stic Vol 1”, premier album destiné à devenir un classic du genre.

En 1996, lorsque Slum Village part pour une tournée en Europe, il est invité à être le DJ. Il accepte et en reviendra complètement changé. Désormais, rien ne l’empêchera de devenir “beatmaker”.

 Les années passent et le monsieur s’impose comme un musicien éclectique et très prolifique. En 2001, lorsque J.Dilla quitte “Slum Village”, il joue un rôle central dans la conception de “Dirty District” d’abord puis dans celle de l’album “Trinity” (2002). Il assure également des productions sur le premier album solo de Dilla, “Welcome To Detroit”.

Mais les temps sont durs. 2002 marque le début d’une crise profonde et longue pour l’industrie du disque. Pour éviter de nombreux interlocuteurs qui parfois changent rapidement, Waajeed crée son label, meilleure façon d’avoir liberté et indépendance. “Bling 47” devient un superbe terrain de jeu pour les artistes. Le projet “Platinum Pied Pipers” conçu avec “J Dilla” et Raphael Saadiq, entre autres, marquent son temps avec des singles distribués par “Ubiquity Records” d’abord, puis avec l’album “Triple P” de 2005 ensuite.

Après le décès de “J Dilla”, il trouve la force de continuer leurs projets communs. Il cherche encore et toujours de nouveaux talents tout en produisant des artistes connus comme “Dwele”, par exemple. Il crée un autre label baptisé “Dirt Tech Reck”, davantage orienté sur son côté électronique. En 2009, deuxième opus pour “Platinum Pied Pipers”. Depuis, de nombreuses collaborations, le E.P. “Complex Movements” et des remixes, pour Amp Fiddler notamment.

“From The Dirt” est donc son premier album solo. Funk, soul, house et jazz se télescopent sur les dix titres. Bass, percussions et programmations dominent l’ensemble mais les mélodies et le chant ne sont pas en reste. Les titres de Waajeed sont souvent hypnotiques et calibrés pour la danse et la perte de soi. À l’image de la pochette, cet album est comme un “patchwork” de genres toujours traités avec respect et qualité.

Discographie Sélective 

 BPM (2003, Bling 47)**

 The War LP (2007, Fat City)*** Acheter

 From The Dirt (2018, Dirt Tech Reck)*** Acheter

Artistes du même genre ou de la même époque : J Dilla, Karriem Riggins, King Britt, Gilles Peterson, Carl Craig, Jeff Mills…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.